Position du CPIE Sèvre et Bocage face à l'épidémie de COVID19

« La vie ce n’est pas d’attendre que les orages passent mais c’est d’apprendre à danser sous la pluie »  Sénèque

Si l’urgence est bien sûr à endiguer l’épidémie et résoudre le problème sanitaire immédiat,  le CPIE Sèvre et Bocage souhaite partager aujourd’hui ses réflexions au regard de l’épidémie de COVID 19. Car cette crise tragique révèle les fragilités de notre monde, soumis à des risques globaux, qu’ils s’agissent de pandémies ou d’événements liés à la destruction des écosystèmes et au dérèglement climatique. Elle met également en évidence les fragilités économiques et sociales de notre monde. Une chose est certaine : comprendre ces fragilités est essentiel pour faire de l’après-crise un vrai moment de renouveau vers un monde plus durable, juste et résilient.

En quelques semaines notre vie a changé….

Pour 14 grammes de biodiversité

 

14 grammes, c’est précisément le poids d’un individu de Rhinolophe intermédiaire (Rhinolophus affinis), espèce de chauve-souris d’Asie du Sud-Est, dont le séquençage génétique d’un virus, trouvé chez ce chiroptère, est identique à 96% à celui du virus SRAS-COV-2 (Wu et al. 20201 ; Zhou et al. 20202).

14 grammes qui nous rappellent qu’il y a déjà un an l’IPBES3 (Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), l’équivalent du GIEC pour le climat, nous informait qu’en l’état actuel des connaissances, l’érosion rapide de la biodiversité constituait une menace pour l’humanité et que l’émergence de zoonoses – ces maladies infectieuses des animaux vertébrés transmissibles à l'être humain - induites par cette érosion, pouvait engendrer un risque pandémique. 

14 grammes pour paralyser une économie mondiale, pour confiner des milliards d’êtres humains et pour causer plusieurs centaines de milliers de décès à travers le monde.

Une pandémie, la phase visible de l’Iceberg… 

 

Nous souhaitons aujourd’hui mettre en parallèle la situation exceptionnelle de mesures d’urgences initiées par les gouvernements dans le cadre du COVID 19 pour traiter les conséquences du virus sur les populations humaines, et les nombreux appels de scientifiques et ONG qui alertent sur les actions nécessaires au traitement des causes qui sont à l’origine de la pandémie, dont l’érosion de la biodiversité accélérée par des phénomènes de changements globaux .

Connaissez-vous l’histoire de la grenouille ? 

L’histoire, c’est celle d’un feu allumé de façon à faire monter progressivement la température sous une marmite, dans laquelle se trouve une grenouille. La grenouille nage sans s’apercevoir de rien. La température continue de grimper, l’eau est maintenant tiède. La grenouille s’agite moins mais ne s’affole pas pour autant. La température de l’eau continue de grimper. L’eau est cette fois vraiment chaude, la grenouille s’affaiblit, mais supporte la chaleur. La température continue de monter, jusqu’au moment où la grenouille va tout simplement finir par mourir. Si la même grenouille avait été plongée directement dans l’eau à 50 degrés, elle aurait immédiatement donné le coup de patte adéquat qui l’aurait éjectée aussitôt de la marmite.

Cette expérience montre que, lorsqu’un changement s’effectue d’une manière suffisamment lente, il échappe à la conscience et ne suscite la plupart du temps aucune réaction, aucune opposition, aucune révolte. Il est important que nous rappelions à notre conscience l’importance d’agir alors même que les signaux d’impacts ne sont pas immédiats.

Dans le cas du COVID 19, la situation est inversée puisque la vitesse de la propagation du phénomène a imposé de la part de tous les états, de toutes les collectivités et de toutes les entreprises quel que soit leurs tailles, dans un temps extrêmement rapide, d’apporter une réponse sans précédent. La mobilisation d’énergie et de moyens nous renvoie vers le vieil adage qui dit : « quand on veut, on peut ».

Alors, souhaitons que cette pandémie puisse sur la base de la connaissance des causes du phénomène nous inviter non pas à reconduire le monde d’hier mais à imaginer le monde de demain.



Reconsidérer nos chaînes de valeurs


Aujourd’hui encore plus qu’hier, les orientations validées lors de notre assemblée générale 2020 renforcent, au regard de l’épidémie de COVID 19, l’implication et l’engagement de nos adhérents et de nos partenaires à nos côtés pour : 

1/ Refonder notre rapport à la nature et au vivant

 

Ce virus nous pousse à sortir de notre posture de « maître et possesseur de la nature », pour nous voir comme une partie intégrante de la nature. Nous dépendons d’elle. Préserver la biodiversité, c’est prendre soin de nous. Ce changement de paradigme doit être totalement intégré dans la conscience collective pour être en mesure de construire un plan de résilience et de transformation efficace sur le long terme. Car si l’on veut que l’humanité continue à tirer avantage des services écosystémiques qu’elle retire de la biodiversité notamment pour couvrir ses besoins alimentaires, il est important que ces services soient identifiés dans leur globalité, partagés et valorisés pour que les pratiques vertueuses soient accompagnées.


Orientations 2020 du CPIE Sèvre et Bocage

Orientation 1 : Renforcer la résilience des territoires en développant des solutions fondées sur la nature
Orientation 4 : Approfondir la connaissance de l’environnement et améliorer le porter-à-connaissance
Orientation 5 : Eduquer, former et sensibiliser pour la transition écologique
Orientation 6 : Développer les actions de sensibilisation et de prévention sur le lien santé-environnement


2/ Faire preuve de sobriété pour sortir de l’excès et inventer l’avenir

En presque 2 mois, il nous a fallu revoir nos priorités de consommation. Il nous a fallu distinguer l’essentiel dans nos vies, et rejeter le superflu. En deux mois, il nous a fallu faire face à la pénurie de certaines denrées qui nous renvoient localement à notre absence de souveraineté alimentaire et à des décennies de choix de consommation. Au cours de cette période, les circuits courts se sont révéler comme la solution pour faire face à la crise, l’autonomie des exploitations comme la réponse aux importations d’aliments pour nourrir nos  animaux d’élevage. 

En presque deux mois, notre économie est à l’arrêt. Les voitures ne circulent plus ou presque, le ciel est dépourvu de ses trainées blanches de condensation produite par des avions qui sont aujourd’hui cloués au sol. 
Nos artisans, commerçants, structures de service sont fortement impactés et redoublent d’ingéniosité pour continuer, lorsque c’est possible leur activité, leur passion… Nos PME réinventent de nouvelles organisations de travail. Le télétravail est la règle, quand celui-ci est possible, avec ses atouts et ses contraintes. Néanmoins, la priorité du maintien de notre système productif à l’échelle nationale comme locale a contraint l’état et les collectivités à prendre des mesures exceptionnelles et nécessaire de sauvegarde de l’emploi. Au-delà de ces mesures importantes, nous pouvons déplorer l’absence d’éco-conditionnalité dans la majeure partie des aides octroyées. 

Puisque pour éviter de reconduire le monde d’hier et s’engager durablement dans une nouvelle voie plus sociale et durable incluant une relocalisation de l’économie sur les territoires et une réindustrialisation plus verte, il semble qu’il est temps de reconsidérer notre modèle et d’accompagner les acteurs économiques dans leur grande diversité dans la mutation de certaines activités. Sans utopie, mais avec réalisme, nous savons tous que le temps nécessaire à cette mutation sera long tant le chantier est complexe et les règles de la mondialisation sont ancrées. Néanmoins, tant sur le transport, l’énergie, l’alimentation… commençons ensemble et localement le chantier.


Orientation 2 : Accompagner la mutation des activités économiques en agissant sur les leviers que sont l’économie circulaire et la préservation de la biodiversité

Orientation 3 : Favoriser le développement d’une agriculture innovante et d’une alimentation durable et responsable


3/ Construire ensemble une solidarité universelle du quartier à la planète


L’épidémie du COVID-19 touche l’ensemble de la population mondiale mais ce sont les plus vulnérables et les plus pauvres qui sont les plus impactés, tant d’un point de vue sanitaire qu’économique. Le virus met en lumière les inégalités existantes et risque de les accentuer encore davantage. Cette tendance s’observe partout y compris dans nos campagnes où pourtant le confinement semble globalement plus acceptable. 

A l’instar du dévouement de notre personnel soignant, des élus locaux, des forces de l’ordre qui, face à la crise, ont assumé avec énergie et dévouement leur profession ou leur fonction, prenons appui sur les élans de solidarité qui partout se sont organisés pour rompre l’isolement et lutter contre les précarités engendrées par une situation inédite. Face à l’épreuve, les initiatives sont florissantes et inspirantes. Sachons les capitaliser et les valoriser pour quelles irriguent les territoires. Soyons convaincus qu’il n’y aura pas de transition écologique possible sans l’implication de tous et sans solidarité. Apprenons à entendre notre jeunesse qui aspire et s’implique pour un renouveau. Assumons collectivement que cette transition doit avoir des répercussions rapides et positives sur les situations les plus précaires et qu’elle puisse s’opérer avec dignité pour tous.



Orientation 7 : Innover avec les habitants pour un territoire durable et solidaire



De l’engagement pour réussir

 

L’engagement nécessaire à cette transformation doit être pluriel. Il doit engager le citoyen, mais également l’ensemble des organisations qui fondent notre société : entreprises, associations, collectifs d’habitants… Les initiatives de résiliences pensées localement  doivent influer et accentuer les démarches politiques engagées par les élus locaux sur les territoires pour rendre possible les ambitions de transition souhaitées à l’échelle nationale, européenne comme internationale. Pour cela, nous fondons notre engagement sur des principes de réversibilité, de proximité et de solidarité.

Car dans une forêt comme dans notre société, on entend l’arbre qui tombe mais pas les milliers d’arbres qui poussent…

Ensemble, dansons sous la pluie !


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Bibliographie

1- Wu et al. 2020. Nature 579: 265-269. DOI: https://doi.org/10.1038/s41586-020-2008-3

2- Zhou et al. 2020. Nature 579: 270-273. DOI: https://doi.org/10.1038/s41586-020-2012-7

3 - IPBES 2019. https://ipbes.net/news/Media-Release-Global-Assessment-Fr



 

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